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Jamais de Jambes

JAMAIS DE JAMBES


Création 2008 | Durée 30 min
Conception et interprétation / Choreography and Dance: Jung-Ae Kim
Musique / Music : Thomas Jeker
Dispositif électroacoustique / Electroacoustic system : Thierry Coduys
Collaboration : Sarah Lefevre

 
 
 
[Fr] Un "autre corps", piégé dans le corps de la danseuse et chorégraphe Jung-Ae Kim, cherche à se montrer, et la soumet à une véritable dictature du dedans.

"Ca m’a remué et j’ai été pris de violence, quelque chose de terrible. Ca venait de l’intérieur et c’est là que c’est le plus mauvais. Quand ça vient de l’extérieur à coups de pied au cul, on peut foutre le camp. Mais de l’intérieur, ce n'est pas possible. Quand ça me saisit, je veux sortir et ne plus revenir du tout et nulle part. C’est comme si j’avais un habitant en moi. Je suis pris de hurlements, je me jette par terre, je me cogne la tête pour sortir, mais ce n'est pas possible, ça n’a pas de jambes, on n’a jamais de jambes à l’intérieur."
La vie devant soi , Romain Gary

Pour Jung-Ae Kim ce texte de Romain Gary tiré de La vie devant soi, rejoint les questions essentielles qu’elle se pose en tant que danseuse mais aussi plus profondément en tant qu’être humain contraint de vivre dans une réalité sociale qui exige de nous une apparence parfaite, moralement et physiquement, entraînant du même coup le musellement de ce que nous pouvons considérer alors comme notre monde intérieur. Sa quête de vérité butte sur ce paradoxe: le corps, vécu d’un côté comme l’expression d’une énergie, d’une pulsion venant du plus loin d’elle-même et, d’un autre côté, comme une surface qui s’adapte, subit et obéit aux règles d’un monde d’apparence normalisant. Dès lors, c’est cette dynamique de négociations internes qu’elle interroge, cet équilibre tendu, à la lisière des deux espaces, celui du dehors et celui du dedans, qui se touchent en ce lieu fragile qu’est le corps.
 
Alors, cet "autre moi" invisible qui cherche à se montrer retourne comme un gant le corps de la danseuse, met à nu un monde chaotique qui le malmène, ignorant les contraintes physiologiques ou les douleurs qu’il subit. L’assujettissement au monde extérieur bascule dans une dictature du dedansqui domine ce corps de l’intérieur pour conquérir le dehors. Il se déploie enfin, actionne un moteur interne qui déplace l’artiste aussi sûrement qu’une voiture nous déplace d’ordinaire, mais cette fois avec la maladresse et l’ivresse d’un étranger qui découvre un espace inconnu. L’expérience de ce second moi en elle qui utilise son corps pour penser et parler, a amené Jung-Ae Kim à se mettre dans des états rares comme l’abandon, l’absence de contrôle, l’écoute d’une vérité nue, insoupçonnée qui vient d’un moi si profond qu’il en parait tout autre.
 
 
[En] ”Another body” trapped inside the body of the dancer and choreographer Jung-Ae Kim seeks to reveal itself, and submits  her to a dictatorship from within.

That stirred me up and I broke out in a fit of violence, something terrible. This fit came from inside me and those are the worst. When they come from outside, like somebody kicking you in ass, you can run away. From inside you’re helpless. When the violence grabs hold of me, I want to get out and never come back. It’s like I had somebody living inside me. I howl and I yell, I throw myself on the ground, I bash my head to get out, but it cannot be done, there are no legs.  You’ve got no legs inside you.  It does me good to talk about it, that lets some part of it out. See what I mean?
The life before us, by Romain Gary

 For Jung-Ae Kim, this quote from Romain Gary’s ‘The Life Before Us’ explores the critical issues that arise as a dancer, but more deeply, as a human being who is forced to live in a reality that requires perfection in both the moral and physical sense.  This requirement for perfection leads to the limitation of what we can consider as our inner world.
The quest for truth is bounded by this paradox: the body, from one hand experienced as the expression of energy, of an impulse coming from her very self and from the other hand as a surface which adapts, obey to the rules of a normative world. Thus, she is trying to understand the dynamics of this internal conflict, the tense equilibrium, at the edge of these two spaces, the inside and outside, that meet in the fragile space that is the body.

Therefore, this invisible “other self” seeks to reveal itself by turning inside out the body of the dancer, laying bare a chaotic world while ignoring the physiological constraints of pain.  The subjection to the outside world disappears as the “other self” takes control in order to conquer the outer realm.  This conflict culminates in an awakening of the “inner self” which moves the artist, but this time with the awkwardness and ecstasy of a stranger discovering the unknown.  The experience results in a “second self” which uses the body as a means of expression; to think and to speak.  Jung-Ae Kim is compelled to put herself in rare and vulnerable states such as abandonment, lack of control and realization of the naked truth, an altogether different person.



: Partenaires du projet / Project Partners :
Fondation de France – Déclics jeunes, CND à Pantin et Centre Chorégraphique National de Franche-comté à Belfort – le prêt de studio, Point FMR à Paris et Le Volapuk à Tours – Résidence
 


: Presse :

 
Une douzaine d'ampoules semblent tomber des cintres. Leur lumière se révélera fluctuante, selon l'évolution du spectacle. L'ambiance sonore est au bruitisme, par moments grinçant, par moments sombre. Entre Jung-Ae Kim, jeune femme élégante qui paraît chercher quelque chose des yeux en circulant sur le tapis noir. Elle se dirige vers le fond de la scène, ôte son manteau, son chemisier de soie rouge, sa jupe noire…
Sous cette élégance des apparences, cette justesse des tons, se manifeste d'emblée la maîtrise des gestes. La danse de Jung-Ae Kim est impressionnante de précision, de contrôle technique, de fulgurance par instants, de légèreté aussi. Son corps plonge au sol pour mieux rebondir. Certains moments sont particulièrement remarquables, lorsqu'elle avance la tête jetée en arrière, sa chevelure masquant le haut de son corps, lorsque, allongée sur le sol, elle se tend lentement comme pour se relever…
Enfin, la danseuse rejoint le lieu où elle avait plié ses vêtements. Ce qui semblait être un sac à main devient, accroché sur son dos, des ailes de papillon. Un papillon qui sèmerait des perles en se libérant du poids des choses. « Jamais de jambes », parce que l'« on n'a jamais de jambes à l'intérieur », dit le programme, citant Romain Gary. Certains êtres n'ont sans doute pas besoin de jambes pour danser sur leur vie.
Gérard PERNON
 
 
 A dozen light bulbs seem to fall from the ceiling. Their light will evolve with the performance. The background music is noisy, sometimes creaky, and sometimes dark. Then enters Jung-Ae Kim, a young and elegant woman. She seems to be looking for something while walking on the black carpet. She goes to the back of the stage, takes off her coat, her red silk shirt, her black skirt…
Along with the elegant appearances and accorded tones, the movements are perfectly controlled. Jung-Ae Kim’s performance is impressive, marked with precision and technical control; simultaneously dazzling and luminous.  Her body dives into the ground in order to better bounce afterwards. Certain moments are particularly memorable, when she moves forward and throws back her head, her hair hiding the top of her body, or when lying on the floor, she tightens as if to get up again.
 At last, the dancer goes to collect her discarded garments. What seems to be a handbag becomes a pair of butterfly wings. A butterfly that is sowing pearls, as if it were trying  to liberate itself from unseen burdens. ‘There are no legs’ because ‘we never have legs inside’, says the programme, quoting Romain Gary. Some of us don’t need legs in order to dance upon their life.
Gérard PERNON

 
Possession : Issu de "JAMAIS DE JAMBES", spectacle filmé le 12.01.10, Un film de Christophe BOUSQUET 

Affiche : Kevin Talbot
Categories : Creation/Works
2009.11.29